Accepter ce qu'on ne peut pas changer : la clé pour lâcher prise

Accepter ce qu'on ne peut pas changer : la clé pour lâcher prise

« Fais la paix avec ce que tu ne peux pas changer. » Le conseil est facile à donner, difficile à suivre. Nous passons une part immense de notre énergie à lutter contre des faits accomplis, à vouloir que le passé ait été différent, à nous ronger d'un « si seulement… » qui ne change rien. Apprendre à accepter ce qu'on ne peut pas changer est peut-être le geste le plus libérateur qui soit — à condition de bien comprendre ce qu'« accepter » veut dire.

Accepter n'est pas se résigner

Levons tout de suite le malentendu, car il bloque beaucoup de gens. Accepter, ce n'est pas approuver, ni renoncer, ni tout subir. C'est cesser de dépenser ses forces à combattre ce qui est déjà là ou ce qui ne dépend absolument pas de nous — pour les rendre, intactes, à ce qui dépend encore de nous. La résignation baisse les bras sur tout ; l'acceptation, au contraire, libère l'énergie que la révolte stérile dévorait, et la remet au service de l'action utile.

La sagesse des stoïciens : le chien et le char

Les philosophes stoïciens avaient une image parlante. Imaginez un chien attaché à un char en marche. Le char avance — c'est le cours des choses, ce qui va arriver de toute façon. Si le chien résiste et tire en sens inverse, il sera traîné de force, blessé, épuisé — et le char avancera quand même. S'il court avec le char, il avance librement, sans douleur, là où il allait de toute manière. Dans les deux cas, le char va où il va. La seule chose qui change, c'est la souffrance du chien — et elle dépend entièrement de lui.

Épictète le résumait ainsi : « Ne cherche pas à ce que les événements arrivent comme tu le veux, mais veuille les événements comme ils arrivent, et ta vie s'écoulera dans le calme. » Ce n'est pas de la passivité : c'est cesser de se déchirer contre l'inévitable pour retrouver une force intacte face à la suite.

Ce que dit la psychologie moderne

La recherche a confirmé la puissance de l'acceptation. La thérapie d'acceptation et d'engagement (ACT), développée par le psychologue Steven Hayes, en a fait son pivot. Son constat : lutter frontalement contre ses pensées et ses émotions désagréables tend à les renforcer, un peu comme s'enfoncer dans des sables mouvants en se débattant. La voie consiste à accueillir l'expérience intérieure sans s'y agripper ni la combattre (l'acceptation), pour libérer son énergie vers une action guidée par ses valeurs (l'engagement).

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On retrouve la même intuition dans la célèbre « Prière de la sérénité », écrite par le théologien Reinhold Niebuhr et reprise par de nombreux groupes d'entraide : « Donne-moi la sérénité d'accepter les choses que je ne peux changer, le courage de changer celles que je peux, et la sagesse d'en connaître la différence. » Tout est là : accepter, agir, et surtout savoir distinguer les deux.

Trois pas concrets pour y arriver

1. Trier. Face à ce qui vous ronge, posez la question : « Cela dépend-il de moi, oui ou non ? » Si non, reconnaissez-le clairement : vous ronger n'y changera rien. Si oui (même en partie), listez les actions possibles et engagez-vous à en faire une.

2. Nommer et laisser passer. Plutôt que de refouler l'émotion (« je ne devrais pas être en colère »), nommez-la : « là, c'est de la colère », « là, c'est de la tristesse ». Mettre un mot sur ce qu'on ressent aide à prendre du recul — et l'émotion, accueillie, passe plus vite que l'émotion combattue.

3. La phrase du consentement. Face à un fait accompli qui vous obsède, essayez de dire à voix basse : « C'est ainsi. Cela fait désormais partie de mon histoire. Que puis-je en faire de bon, maintenant ? » Les deux premières phrases ferment la porte de la révolte inutile ; la troisième ouvre celle de l'action.

Un cas concret

Après un licenciement qu'il n'avait pas vu venir, Marc a passé des semaines à refaire le film : « Si j'avais fait autrement, si je n'avais rien dit… » Cette bataille contre un passé figé le vidait de toute énergie — celle-là même qu'il aurait fallu pour rebondir. Le jour où il a cessé de vouloir un autre passé (« c'est arrivé, je ne peux pas le défaire ») pour se demander « qu'est-ce que je peux en faire maintenant ? », tout s'est débloqué. Il n'a pas « accepté » au sens de trouver cela juste ; il a accepté au sens de cesser de se battre contre un fait irrémédiable — et il a récupéré la force d'agir. Accepter ce qu'on ne peut pas changer, ce n'est pas renoncer : c'est refuser que le passé dévore le présent.

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