Comment Pardonner (pour Soi, Pas pour l'Autre)
Une trahison, une blessure, une injustice : certaines rancunes nous accompagnent des années, ravivées à chaque souvenir. On croit que pardonner serait « laisser passer » ou « donner raison » à celui qui nous a blessés. C'est faux. Pardonner, c'est d'abord se libérer soi-même d'un poids qui ne pèse que sur nos propres épaules.
La rancune : un poison qu'on boit soi-même
Garder de la rancune, c'est rester lié à celui qui nous a blessés et rejouer la blessure indéfiniment. L'image est juste : la rancune, c'est boire du poison en espérant que l'autre en souffre. Mais c'est nous qu'elle ronge — pas lui, qui le plus souvent vit sa vie sans y penser. La rancune nous maintient dans la position de victime, prisonniers d'un passé qu'on ne peut pas changer. S'en libérer, c'est cesser de laisser celui qui nous a fait du mal continuer de gâcher notre présent.
Ce que pardonner ne veut PAS dire
Levons les malentendus qui empêchent de pardonner :
Pardonner n'est pas excuser. On peut pardonner tout en reconnaissant que ce qui s'est passé était mal, injuste, inacceptable. Le pardon ne valide rien.
Pardonner n'est pas oublier. On n'efface pas le souvenir ni la leçon ; on relâche la charge émotionnelle qui y est attachée.
Pardonner n'oblige pas à se réconcilier. On peut pardonner intérieurement sans renouer, sans rien dire à l'autre, et même tout en gardant ses distances (voire en se protégeant).
Le pardon est un acte intérieur et pour soi : relâcher le ressentiment et le désir de revanche, indépendamment de l'autre.
Ce que dit la recherche
Les travaux en psychologie sur le pardon — développés notamment par Robert Enright et Everett Worthington — convergent : pardonner bénéficie surtout à celui qui pardonne. Moins de colère, d'anxiété et de stress, un meilleur bien-être émotionnel, parfois même des bénéfices sur la santé. La rancune entretient un état de tension et de rumination délétère ; la lâcher apaise. Autrement dit, le pardon n'est pas une faveur qu'on fait à l'autre : c'est un cadeau qu'on se fait à soi-même.
Comment pardonner, concrètement
1. Reconnaître la blessure. Ne pas minimiser (« ce n'est rien ») : nommer ce qui s'est passé et la douleur ressentie. On ne lâche bien que ce qu'on a d'abord reconnu.
2. Accepter que le passé est immuable. Quoi qu'on fasse, ce qui est arrivé est arrivé. Le ressasser ne le change pas — cela ne fait que le faire vivre encore.
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L'Art de Lâcher Prise
Voir le guide3. Décider de relâcher, pour soi. Le pardon est un choix : « je ne porterai plus ce poids ; ce qu'il a fait était injuste, et je choisis de ne plus lui donner le pouvoir de gâcher mon présent. »
4. Cultiver un peu de compréhension (sans excuser). Tenter de voir l'autre comme un humain faillible, avec ses propres blessures, aide parfois à relâcher — sans rien justifier.
5. Laisser du temps. Le pardon est rarement instantané ; c'est souvent un processus. La rancune peut revenir ; on relâche de nouveau, autant de fois qu'il le faut.
Se pardonner à soi-même
Le pardon le plus difficile est parfois envers soi : ses erreurs, ses échecs, ses « si seulement ». Là encore, ressasser ne répare rien. Le regret n'est utile que le temps d'en tirer une leçon ; au-delà, il devient une auto-punition stérile. S'accorder le pardon, c'est reconnaître qu'on a fait, le plus souvent, de son mieux avec ce qu'on savait à l'époque (et non avec ce qu'on sait aujourd'hui). C'est l'auto-compassion (Kristin Neff) appliquée à son propre passé : se traiter avec la bienveillance qu'on offrirait à un ami qui aurait commis la même erreur.
Un cas concret
Pendant des années, Marc a nourri une rancune tenace envers un ancien associé qui l'avait trahi. Il y repensait souvent, avec une bouffée de colère intacte — comme si la trahison se rejouait à chaque fois. Cette rancune ne touchait pas l'associé (qui vivait sa vie) : elle empoisonnait les journées de Marc. Pardonner, pour lui, ne fut ni excuser ni renouer — mais décider : « je ne porterai plus ce poids ; c'était injuste, et je choisis de ne plus lui donner le pouvoir de gâcher mon présent. » Ce pardon intérieur n'a rien changé au passé. Il a tout changé à son présent : il a retrouvé sa légèreté.
En résumé
La rancune est un poison qu'on boit soi-même : elle nous ronge, pas l'autre. Pardonner ne veut dire ni excuser, ni oublier, ni se réconcilier — c'est relâcher le ressentiment, pour soi. La recherche (Enright, Worthington) le confirme : le pardon bénéficie surtout à celui qui pardonne (moins de colère, d'anxiété, de stress). On y parvient en reconnaissant la blessure, en acceptant l'immuabilité du passé, en décidant de relâcher, et avec du temps. Le pardon le plus difficile — envers soi — passe par l'auto-compassion (Neff). Pardonner, c'est se rendre sa liberté.
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