L'assertivité, c'est quoi ? Définition, origine et les 4 comportements

L'assertivité, c'est quoi ? Définition, origine et les 4 comportements

Le mot fait un peu jargon, et pourtant il désigne quelque chose de très concret que nous cherchons tous : la capacité à dire ce que l'on pense, ce que l'on ressent et ce dont on a besoin, clairement et sans agressivité, tout en respectant l'autre. C'est cela, l'assertivité. Une troisième voie entre se taire et exploser. Voici ce que le mot recouvre vraiment, d'où il vient, et les quatre grandes attitudes que l'on peut adopter quand une relation devient tendue.

Une définition simple

L'assertivité — en français, on dit aussi affirmation de soi — désigne la capacité à faire valoir son point de vue, ses droits et ses besoins sans passer par l'agressivité ni se laisser écraser. La personne assertive s'exprime en son nom (« je pense », « j'ai besoin »), pose des limites claires, et accepte que l'autre ait un point de vue différent. Elle ne cherche ni à gagner à tout prix, ni à être aimée à tout prix : elle cherche à être honnête et respectueuse en même temps.

Le mot lui-même est un anglicisme, dérivé de l'anglais assertiveness (de to assert : affirmer, faire valoir). En France, c'est notamment le psychosociologue Dominique Chalvin qui a contribué à diffuser le terme et l'a rendu familier dans le monde de la formation, à partir des années 1980.

D'où vient le concept ?

L'idée ne sort pas d'un livre de développement personnel : elle vient de la thérapie comportementale. Dès 1949, le psychologue américain Andrew Salter, dans Conditioned Reflex Therapy, oppose les personnes « inhibées », qui retiennent tout, à celles qui expriment ouvertement leurs émotions. Il pose les fondations, sans encore employer le mot.

C'est Joseph Wolpe, psychiatre à l'université Stanford, qui en fait un concept clinique central dans Psychotherapy by Reciprocal Inhibition (1958). Son intuition : une réponse d'affirmation de soi est incompatible avec l'anxiété — s'affirmer et trembler de peur ne peuvent pas coexister durablement, donc pratiquer l'affirmation réduit l'anxiété. Puis, en 1970, les psychologues Robert Alberti et Michael Emmons publient Your Perfect Right, premier ouvrage grand public entièrement consacré à l'affirmation de soi, qui fait entrer l'« assertiveness training » dans le langage courant. Bref : ce n'est pas une mode, c'est un outil issu de la clinique, validé depuis plus d'un demi-siècle.

Les 4 comportements face à une tension

Quand une situation nous met sous pression — un désaccord, une demande abusive, une critique — nous avons tendance à basculer dans l'une de quatre attitudes. Le modèle le plus répandu en France, popularisé par Chalvin, les nomme ainsi :

1. La fuite (passivité)

On se tait, on cède, on dit « oui » alors qu'on pense « non ». On évite le conflit à tout prix… au prix de ses propres besoins. À court terme, c'est confortable ; à long terme, cela nourrit la frustration, le ressentiment et une baisse d'estime de soi.

2. L'agressivité (attaque)

On impose, on hausse le ton, on écrase. Les besoins passent — les siens — mais au détriment de la relation et souvent avec un retour de bâton. L'agressivité obtient une victoire immédiate et une défaite relationnelle.

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3. La manipulation

On n'ose pas dire les choses directement, alors on les obtient de façon détournée : culpabilisation, chantage affectif, sous-entendus, flatterie intéressée. C'est une agressivité masquée, qui finit par éroder la confiance dès qu'elle est repérée.

4. L'assertivité

On exprime clairement sa position et on respecte celle de l'autre. « Voilà ce que je pense, voilà ce dont j'ai besoin ; et toi ? » C'est la seule des quatre attitudes qui préserve à la fois l'intérêt personnel et la relation.

Une précision honnête : dans la littérature anglo-saxonne, le quatrième quadrant n'est pas « la manipulation » mais « le passif-agressif ». Les deux modèles décrivent la même réalité — les détours qu'on prend quand on n'ose pas être direct — avec un vocabulaire un peu différent.

Un cas concret

Julien, chef de projet, hérite systématiquement des dossiers dont personne ne veut. En mode fuite, il accepte en serrant les dents et rentre épuisé et amer. En mode agressif, il lâcherait « Marre d'être le larbin de service, débrouillez-vous ! » — vrai sur le fond, désastreux sur la forme. En mode manipulateur, il soupirerait bruyamment et ferait des allusions pour qu'on le plaigne. En mode assertif, il dit posément : « J'ai déjà pris les deux derniers dossiers de dernière minute. Cette fois, je préférerais qu'on répartisse autrement. Comment peut-on faire ? » Même personne, même situation — mais un résultat radicalement différent pour lui et pour son équipe.

Pourquoi c'est si difficile de s'affirmer ?

Si l'assertivité était naturelle, ce mot n'existerait pas. Trois obstacles reviennent presque toujours. D'abord, l'éducation : beaucoup ont grandi avec l'idée qu'un enfant « bien élevé » ne conteste pas, ne dérange pas, fait passer les autres avant lui. Ensuite, la peur du rejet : dire non, exprimer un désaccord, c'est risquer de déplaire — et notre cerveau, très sensible à l'exclusion sociale, préfère souvent la paix immédiate au respect de soi. Enfin, des croyances limitantes tenaces : « si je refuse, je suis égoïste », « exprimer ma colère, c'est être agressif », « mon avis n'a pas de valeur ». Repérer laquelle de ces trois racines pèse le plus lourd chez soi, c'est déjà commencer à s'en libérer.

Ça se travaille (et c'est prouvé)

Bonne nouvelle : l'assertivité n'est pas un trait de caractère avec lequel on naît ou pas. C'est une compétence qui s'apprend. Les programmes d'entraînement à l'affirmation de soi montrent des effets réels : amélioration mesurable de l'affirmation, baisse de l'anxiété sociale et du stress, meilleur bien-être. Une revue de Jennifer Speed et ses collègues (2017) allait jusqu'à qualifier l'entraînement à l'assertivité de « traitement fondé sur des preuves un peu oublié » — efficace, mais éclipsé par des approches plus récentes.

S'affirmer, ce n'est donc ni un don, ni une question de personnalité : c'est une pratique. On commence petit — une demande, une limite, un « non » — et l'aisance vient avec la répétition.

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