Test d'assertivité : ce qu'il mesure (et ce qu'il vaut vraiment)

Test d'assertivité : ce qu'il mesure (et ce qu'il vaut vraiment)

Tapez « test d'assertivité » et vous tomberez immanquablement sur le « test de Gordon » : une soixantaine de questions qui vous rangent dans l'un de quatre profils — fuite, agressivité, manipulation, assertivité. C'est un bon outil de prise de conscience. Mais avant de prendre son score pour une vérité gravée dans le marbre, il faut savoir deux choses : d'où vient réellement ce test, et ce qu'un questionnaire d'assertivité peut — ou non — mesurer.

Le « test de Gordon » : une attribution à prendre avec des pincettes

Soyons honnêtes, car c'est rarement dit : l'attribution de ce test à « Gordon » est incertaine et non documentée. Aucun ouvrage de Thomas Gordon — le psychologue qui a inventé le message-« je » et la méthode P.E.T. — ne présente ce questionnaire, et l'organisme qui gère son héritage ne le reconnaît pas. Plus révélateur encore : ses quatre catégories (fuite / agressivité / manipulation / assertivité) sont exactement celles du modèle de Dominique Chalvin, le psychosociologue français qui a diffusé l'affirmation de soi dans l'Hexagone. Autrement dit, le « test de Gordon » ressemble beaucoup à un questionnaire de tradition française dont le nom « Gordon » s'est accolé au fil des reprises, sans source primaire.

Cela ne le rend pas inutile — il aide à repérer sa tendance dominante — mais cela invite à ne pas le sur-interpréter. Ce n'est pas un instrument psychométrique validé.

Les vraies échelles validées

Il existe, en revanche, des questionnaires d'assertivité construits et testés scientifiquement. Deux font référence :

Le Rathus Assertiveness Schedule (1973)

Publié par le psychologue Spencer Rathus en 1973 dans la revue Behavior Therapy, ce questionnaire de 30 items est l'échelle d'affirmation de soi historique. On y note son degré d'accord avec des affirmations du type « J'ai du mal à dire non ». Ses qualités psychométriques ont été mesurées : fidélité test-retest autour de r = 0,78 (les gens obtiennent un score stable dans le temps), et validité correcte par rapport à l'observation du comportement réel. C'est un vrai instrument, pas un quiz de magazine.

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L'Assertion Inventory de Gambrill & Richey (1975)

Deux ans plus tard, les chercheuses Eileen Gambrill et Cheryl Richey proposent un questionnaire de 40 items avec une idée maligne : il ne mesure pas une seule chose, mais deux — le degré d'inconfort ressenti dans une situation, et la probabilité qu'on agisse réellement. Ce croisement fait apparaître des profils intéressants, par exemple les gens qui savent quoi faire mais que l'anxiété paralyse (« anxieux performants »). C'est utile, car s'affirmer coince souvent moins sur le « savoir » que sur le « oser ».

Comment bien lire son résultat

Quel que soit le test, trois précautions valent de l'or :

Un résultat n'est pas une étiquette. Personne n'est « un manipulateur » ou « un agressif » en tout et pour tout. On est plutôt fuyant avec son patron, direct avec ses amis, et sec avec sa famille. Le test capture une tendance moyenne, pas une identité.

C'est un point de départ, pas un verdict. L'intérêt d'un test d'assertivité n'est pas le score, mais les situations qu'il éclaire : « Tiens, je cède systématiquement quand on me presse. » C'est là qu'il faut travailler.

Ça change. L'assertivité étant une compétence qui s'apprend, votre profil d'aujourd'hui n'est pas votre profil de dans six mois si vous vous entraînez.

Un cas concret

Karim passe un test en ligne et ressort « profil manipulation », ce qui le vexe : il ne se voit pas du tout comme quelqu'un de calculateur. En relisant les questions, il comprend : il a coché « je fais des allusions plutôt que de demander directement » et « je boude quand quelque chose ne me plaît pas ». Le test ne dit pas qu'il est malhonnête — il pointe une habitude : contourner au lieu de demander franchement. C'est précisément ce que le test réussit : transformer un vague malaise (« je n'obtiens jamais ce que je veux ») en une piste précise et actionnable (« j'ai besoin de demander directement »).

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